Marcel SEMBAT
est né à Bonnières sur Seine le 19 octobre
1862,
Fils de monsieur Louis Adolphe SEMBAT, receveur des postes
du Canton de Bonnières, et de madame Marie Joséphine
BOUCHER, fille du greffier de Paix de Bonnières.
Humaniste
dans lâme, fut un acteur de premier plan de son
époque.
Homme
aux multiples facettes :
Publiciste,
Avocat,
Homme daffaires,
Homme politique : Député socialiste du quartier
des Grandes Carrières de Montmartre de 1893 à
sa mort, ami de Jean JAURES et de Maurice BERTAUX, Ministre
des travaux publics de 1914 à 1916 dans le gouvernement
de lUnion sacrée,
Franc-maçon, membre du Conseil de lordre du Grand
Orient de France, connu pour avoir milité pour une
franc-maçonnerie dégagée de la politique.
Marcel SEMBAT a fait partie de ces intellectuels refusant
la quiétude de leur ministère, s'engageant en
permanence, avec foi et vigueur, dans la vie de la cité.
Grand
amateur dart, promoteur du Salon dautomne de Paris,
de nombreux artistes davant-garde de lépoque
doivent à Marcel SEMBAT le support moral et économique
qui leur a permis de pérenniser leur démarche.
Parmi eux : Henri MATISSE, Maximilien LUCE, André METTHEY
Décède
à Chamonix le 4 septembre 1922

Conférence
publique - Paris,7
octobre 2007
Ramon-R
.·. VIDAL
Y PLANA
«
Le coin où tu naquis est la vie
»
Si
un jour vous avez l'occasion de promener votre regard sur
les murs côté jardin, aujourd'hui délabrés,
de la maison natale de Marcel SEMBAT, à Bonnières
sur Seine ;
maison
située le long de l'ancienne route nationale qui longe
le fleuve, où il vécut avec son épouse,
l'artiste peintre post-impressionniste Georgette AGUTTE,
vous
pourrez encore aujourd'hui repérer, près de
la fenêtre de leur chambre, décorée par
une glycine centenaire, un vieux cadran solaire orné
par cette phrase :
«
Le coin où tu naquis est la vie
»
Tout
le monde connaît ou, peut être plutôt, méconnaît,
le grand personnage public, éclectique et charismatique
que fut Marcel SEMBAT :
Ce
petit bonhomme barbu, qu'un galeriste parisien de l'époque,
la Belle Epoque, avait défini comme «
rieur et justicier » :
Marcel
SEMBAT était cultivé et polyglotte, mélomane,
publiciste, éditeur, entrepreneur, investisseur, avocat,
homme politique, orateur charismatique, promoteur et mécène
des meilleurs artistes d'avant-garde, défenseur passionné
de la paix, de la laïcité , de la valeur
du travail, des ouvriers…
et
, en même temps, ami des rois, comme le Kaiser d'Allemagne
Guillaume II, qui l'hébergea dans sa résidence
de l'Achilleion de Corfou, ancienne demeure de l'impératrice
Sissi d'Austro Hongrie ;
Franc-maçon
convaincu, membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de
France ;
et
surtout, amoureux transi, épris d'un sentiment profond
et fusionnel envers celle qui devint son épouse, l'artiste
peintre post-impressionniste Georgette AGUTTE,
qu'il
appelait « Mongé », ou tout simplement
« Gé ».
Le
sens de l'esthétique et le goût pour les Beaux
Arts et les Belles Lettres sont étroitement liés
à la démarche Franc-maçonnique.
En
effet, déjà au début du XVIIIème
siécle, nous pouvons lire dans un discours du Chevalier
écossais André-Michel de Ramsay (1686-1743),
qu'il soumet à l'approbation du cardinal de Fleury,
ministre de Louis XV, dans une lettre datée du 20 mars
1737., et qui sera ensuite publié en 1738:
« La
quatrième qualité requise pour entrer dans notre
Ordre est le goût des sciences utiles et des arts libéraux
de toutes les espèces; ainsi l'Ordre exige de chacun
de vous de contribuer par sa protection, par sa libéralité,
ou par son travail à un vaste ouvrage auquel nulle
Académie, et nulle université ne peuvent suffire,
… De cette façon on réunira les lumières
de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme
un magasin général, et une bibliothèque
universelle de tout ce qu'il y a de beau, de grand, de lumineux,
de solide et d'utile dans toutes les sciences naturelles et
dans tous les arts nobles. Cet ouvrage augmentera dans chaque
siècle, selon l'augmentation des lumières; c'est
ainsi qu'on répandra une noble émulation avec
le goût des Belles lettres et des Beaux-arts dans toute
l'Europe. »
Pour
Marcel SEMBAT, Franc-maçon, l'expression artistique
est un élément indispensable pour l'existence
humaine. Il prône un grand respect de la sincérité
de l'artiste, indépendamment du fait d'aimer ou pas
son œuvre.
En
1913, Marcel SEMBAT écrit la préface du Catalogue
du XIème Salon d'automne, le dernier avant la parenthèse
déterminée par la première guerre mondiale :
En
s'adressant au public visiteur, il exhorte :
« Votre
pouvoir est assez grand
et
l'artiste assez puni
si
vous passez devant sa toile sans vous arrêter,
ce
pouvoir que vous avez de lui refuser votre attention,
ce
pouvoir est si grand et si redoutable,
que
j'ose vous supplier d'en user modérément
et
de bien réfléchir »
Marcel
SEMBAT fait de sa maison familiale de Bonnières, le
« coin où il naquit » et qui
était pour lui source de vraie vie intérieure
et pas seulement le lieu de sa naissance, un point de rencontre
d'artistes, de compositeurs, d'intellectuels, d'écrivains…
Assidu
d'ateliers et de salons, son goût le porte surtout vers
le Post-impressionnisme et le Fauvisme des artistes peintres
SIGNAC, MATISSE, VAN DONGEN, ROUAULT, LUCE, … du céramiste
METTHEY...
Cette
démarche l'amène à défendre des
artistes d'avant-garde, qui étaient méprisés
à l'époque par la critique.
C'est
le cas pour son grand ami personnel Henri MATISSE.
Lorsque
Henri MATISSE présente au Salon d'automne de 1905 un
portrait vivement coloré de son épouse à
l'exposition, qui va soulever un grand scandale,
intitulé
"La Femme au chapeau",
oeuvre
qui réunit du rouge, du vert et du jaune dans le seul
visage de la femme,
le
journal Le Matin écrit : "On a jeté
un pot de couleur à la face du public ",
Marcel
SEMBAT ne visita pas l'exposition, comme par ailleurs l'épouse
même de MATISSE, mais il n'arrêtera jamais de
lui apporter son plus vif soutien malgré les polémiques.
Nous
avons ici un exemple de son respect pour l'œuvre de l'artiste.
Georgette
AGUTTE, comme Henri MATISSE , avait fréquenté
l'atelier du peintre symboliste Gustave MOREAU.
Marcel
SEMBAT et Georgette AGUTTE n'arrêteront jamais d'aider
et d'encourager Henri MATISSE.
Au
fil des ans le couple AGUTTE-SEMBAT achète à
Henri MATISSE douze toiles et noue avec monsieur et madame
MATISSE une tendre amitié, qui est bien reflétée
par les lettres qu'ils échangent pendant près
de deux décennies.
Marcel
SEMBAT écrit en 1920 un livre sur l'œuvre de Henri
MATISSE, qui sera publié par les éditions de
« La nouvelle Revue Française »
et
d'autre part, Georgette AGUTTE et Henri MATISSE, échangent
des impressions sur leur respectives démarches artistiques.
Nous
avons évoqué ces échanges dans notre
récente publication profane « TRIANGLE :
échanges artistiques Henri MATISSE -Georgette AGUTTE
-Marcel SEMBAT ».
Livre
qui, avec la préface de l'ami Michel VARAGNAC, a été
présenté au dernier Salon du Livre de Paris
et qui est désormais référencé
par la Réunion des Musées Nationaux.
C'est
cette oeuvre que, avec la dédicace des auteurs,au nom
de l'Institut AGUTTE-SEMBAT, j'ai le plaisir et l'honneur
d'offrir à votre Loge, afin de vous laisser une trace
de cette journée particulière que nous sommes
en train de vivre ensemble.
Dans
le cadre de ce livre « TRIANGLE », nous
avons décidé d'inclure le fac-similé
de la publication sur Henri MATISSE, signée par Marcel
SEMBAT en 1920, et cela comme logique complément d'un
document inédit que nous avons dévoilé :
une lettre envoyée de Tanger le 14 mars 1912 par Henri
MATISSE à Georgette AGUTTE, où Henri MATISSE,
au nom aussi de son épouse, exprime à Georgette
AGUTTE : « …présentez nos amitiés
à Monsieur SEMBAT, elles sont pour vous aussi … »
Un
autre exemple du respect et la tolérance de Marcel
SEMBAT envers les artistes nous vient d'un fait que nous avons
récemment découvert de façon documentée,
concernant l'artiste peintre Claude MONET, maître fondateur
de l'impressionnisme.
Jusqu'à
l'année dernière, lors de la parution en librairie
du livre TRIANGLE en décembre 2006, il n'y avait aucune
évidence documentée de relations personnelles
entre Claude MONET et le couple AGUTTE-SEMBAT.
Cela
paraissait logique aux yeux de tous, compte tenu du fait que
Claude MONET était protégé dans la période
finale de sa vie par Georges CLEMENCEAU, dont les idées
bellicistes et de droite, étaient en forte et officielle
opposition avec celles du pacifiste de gauche qu'était
Marcel SEMBAT, et figure même publié dans le
livre édité par le Musée National de
Grenoble, intitulé « La collection AGUTTE-SEMBAT »
(page 33) : « …les SEMBAT préfèrent
les rencontres personnelles avec les artistes…ils ne se rendront
jamais chez MONET malgré la proximité de Giverny
, situé à quelques kilomètres de Bonnières,
sans doute parce que le peintre est très lié
à CLEMENCEAU, un adversaire politique de Marcel SEMBAT… »
Comme
preuve documentée de cette hostilité politique,
nous aussi, nous disposons de documents manuscrits et publications
de l'époque dans les archives de la Maison AGUTTE-SEMBAT.
Mais,
comme il arrive souvent avec les certitudes les plus affirmées,
cette idée s'est révélée fausse.
En
effet, le 13 décembre 2006, nous avons eu accès
à des documents inédits des archives Claude
MONET, lorsque ils ont été dispersés
dan le cadre d'une vente aux enchères publiques qui
a eu lieu à Paris.
Plus
précisément, nous avons pu étudier la
correspondance échangée entre Georgette AGUTTE-SEMBAT
et Claude MONET qui s'invitaient réciproquement à
visiter leurs jardins de Giverny et de Bonnières et
partager leurs passions communes pour la peinture et pour
les jardins.
Georgette
AGUTTE, en s'adressant à Claude MONET, lui dit dans
une lettre inédite, datée 5 juin 1916:
«Cher
Maître …Je ne pourrai pas vous montrer un jardin
comparable au vôtre, mais, mon mari sera content de
vous voir dans sa vieille maison où il est né
et qu'il adore… »
C'est
la connaissance de toutes ces différentes facettes
de la riche personnalité de Marcel SEMBAT, imbriquées
entre elles de façon cohérente et synergique,
qui nous permet de mieux apprécier l'homme débout,
rieur , justicier et Franc-maçon passionné
des Belles lettres et des Beaux-arts , qu'il était,
et qu'il est toujours.