Marcel SEMBAT
est né à Bonnières sur Seine le 19 octobre
1862,
Fils de monsieur Louis Adolphe SEMBAT, receveur des postes
du Canton de Bonnières, et de madame Marie Joséphine
BOUCHER, fille du greffier de Paix de Bonnières.
Humaniste
dans lâme, fut un acteur de premier plan de son
époque.
Homme
aux multiples facettes :
Publiciste,
Avocat,
Homme daffaires,
Homme politique : Député socialiste du quartier
des Grandes Carrières de Montmartre de 1893 à
sa mort, ami de Jean JAURES et de Maurice BERTAUX, Ministre
des travaux publics de 1914 à 1916 dans le gouvernement
de lUnion sacrée,
Franc-maçon, membre du Conseil de lordre du Grand
Orient de France, connu pour avoir milité pour une
franc-maçonnerie dégagée de la politique.
Marcel SEMBAT a fait partie de ces intellectuels refusant
la quiétude de leur ministère, s'engageant en
permanence, avec foi et vigueur, dans la vie de la cité.
Grand
amateur dart, promoteur du Salon dautomne de Paris,
de nombreux artistes davant-garde de lépoque
doivent à Marcel SEMBAT le support moral et économique
qui leur a permis de pérenniser leur démarche.
Parmi eux : Henri MATISSE, Maximilien LUCE, André METTHEY
Décède
à Chamonix le 4 septembre 1922

Conférence
publique - Paris,7
octobre 2007
Ramon-R
.·. VIDAL
Y PLANA
«
Le coin où tu naquis est la vie
»
Si
un jour vous avez l'occasion de promener votre regard sur
les murs côté jardin, aujourd'hui délabrés,
de la maison natale de Marcel SEMBAT, à Bonnières
sur Seine ;
maison
située le long de l'ancienne route nationale qui longe
le fleuve, où il vécut avec son épouse,
l'artiste peintre post-impressionniste Georgette AGUTTE,
vous
pourrez encore aujourd'hui repérer, près de
la fenêtre de leur chambre, décorée par
une glycine centenaire, un vieux cadran solaire orné
par cette phrase :
«
Le coin où tu naquis est la vie
»
Tout
le monde connaît ou, peut être plutôt, méconnaît,
le grand personnage public, éclectique et charismatique
que fut Marcel SEMBAT :
Ce
petit bonhomme barbu, qu'un galeriste parisien de l'époque,
la Belle Epoque, avait défini comme «
rieur et justicier » :
Marcel
SEMBAT était cultivé et polyglotte, mélomane,
publiciste, éditeur, entrepreneur, investisseur, avocat,
homme politique, orateur charismatique, promoteur et mécène
des meilleurs artistes d'avant-garde, défenseur passionné
de la paix, de la laïcité , de la valeur
du travail, des ouvriers…
et
, en même temps, ami des rois, comme le Kaiser d'Allemagne
Guillaume II, qui l'hébergea dans sa résidence
de l'Achilleion de Corfou, ancienne demeure de l'impératrice
Sissi d'Austro Hongrie ;
Franc-maçon
convaincu, membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de
France ;
et
surtout, amoureux transi, épris d'un sentiment profond
et fusionnel envers celle qui devint son épouse, l'artiste
peintre post-impressionniste Georgette AGUTTE,
qu'il
appelait « Mongé », ou tout simplement
« Gé ».
Le
sens de l'esthétique et le goût pour les Beaux
Arts et les Belles Lettres sont étroitement liés
à la démarche Franc-maçonnique.
En
effet, déjà au début du XVIIIème
siécle, nous pouvons lire dans un discours du Chevalier
écossais André-Michel de Ramsay (1686-1743),
qu'il soumet à l'approbation du cardinal de Fleury,
ministre de Louis XV, dans une lettre datée du 20 mars
1737., et qui sera ensuite publié en 1738:
« La
quatrième qualité requise pour entrer dans notre
Ordre est le goût des sciences utiles et des arts libéraux
de toutes les espèces; ainsi l'Ordre exige de chacun
de vous de contribuer par sa protection, par sa libéralité,
ou par son travail à un vaste ouvrage auquel nulle
Académie, et nulle université ne peuvent suffire,
… De cette façon on réunira les lumières
de toutes les nations dans un seul ouvrage, qui sera comme
un magasin général, et une bibliothèque
universelle de tout ce qu'il y a de beau, de grand, de lumineux,
de solide et d'utile dans toutes les sciences naturelles et
dans tous les arts nobles. Cet ouvrage augmentera dans chaque
siècle, selon l'augmentation des lumières; c'est
ainsi qu'on répandra une noble émulation avec
le goût des Belles lettres et des Beaux-arts dans toute
l'Europe. »
Pour
Marcel SEMBAT, Franc-maçon, l'expression artistique
est un élément indispensable pour l'existence
humaine. Il prône un grand respect de la sincérité
de l'artiste, indépendamment du fait d'aimer ou pas
son œuvre.
En
1913, Marcel SEMBAT écrit la préface du Catalogue
du XIème Salon d'automne, le dernier avant la parenthèse
déterminée par la première guerre mondiale :
En
s'adressant au public visiteur, il exhorte :
« Votre
pouvoir est assez grand
et
l'artiste assez puni
si
vous passez devant sa toile sans vous arrêter,
ce
pouvoir que vous avez de lui refuser votre attention,
ce
pouvoir est si grand et si redoutable,
que
j'ose vous supplier d'en user modérément
et
de bien réfléchir »
Marcel
SEMBAT fait de sa maison familiale de Bonnières, le
« coin où il naquit » et qui
était pour lui source de vraie vie intérieure
et pas seulement le lieu de sa naissance, un point de rencontre
d'artistes, de compositeurs, d'intellectuels, d'écrivains…
Assidu
d'ateliers et de salons, son goût le porte surtout vers
le Post-impressionnisme et le Fauvisme des artistes peintres
SIGNAC, MATISSE, VAN DONGEN, ROUAULT, LUCE, … du céramiste
METTHEY...
Cette
démarche l'amène à défendre des
artistes d'avant-garde, qui étaient méprisés
à l'époque par la critique.
C'est
le cas pour son grand ami personnel Henri MATISSE.
Lorsque
Henri MATISSE présente au Salon d'automne de 1905 un
portrait vivement coloré de son épouse à
l'exposition, qui va soulever un grand scandale,
intitulé
"La Femme au chapeau",
oeuvre
qui réunit du rouge, du vert et du jaune dans le seul
visage de la femme,
le
journal Le Matin écrit : "On a jeté
un pot de couleur à la face du public ",
Marcel
SEMBAT ne visita pas l'exposition, comme par ailleurs l'épouse
même de MATISSE, mais il n'arrêtera jamais de
lui apporter son plus vif soutien malgré les polémiques.
Nous
avons ici un exemple de son respect pour l'œuvre de l'artiste.
Georgette
AGUTTE, comme Henri MATISSE , avait fréquenté
l'atelier du peintre symboliste Gustave MOREAU.
Marcel
SEMBAT et Georgette AGUTTE n'arrêteront jamais d'aider
et d'encourager Henri MATISSE.
Au
fil des ans le couple AGUTTE-SEMBAT achète à
Henri MATISSE douze toiles et noue avec monsieur et madame
MATISSE une tendre amitié, qui est bien reflétée
par les lettres qu'ils échangent pendant près
de deux décennies.
Marcel
SEMBAT écrit en 1920 un livre sur l'œuvre de Henri
MATISSE, qui sera publié par les éditions de
« La nouvelle Revue Française »
et
d'autre part, Georgette AGUTTE et Henri MATISSE, échangent
des impressions sur leur respectives démarches artistiques.
Nous
avons évoqué ces échanges dans notre
récente publication profane « TRIANGLE :
échanges artistiques Henri MATISSE -Georgette AGUTTE
-Marcel SEMBAT ».
Livre
qui, avec la préface de l'ami Michel VARAGNAC, a été
présenté au dernier Salon du Livre de Paris
et qui est désormais référencé
par la Réunion des Musées Nationaux.
C'est
cette oeuvre que, avec la dédicace des auteurs,au nom
de l'Institut AGUTTE-SEMBAT, j'ai le plaisir et l'honneur
d'offrir à votre Loge, afin de vous laisser une trace
de cette journée particulière que nous sommes
en train de vivre ensemble.
Dans
le cadre de ce livre « TRIANGLE », nous
avons décidé d'inclure le fac-similé
de la publication sur Henri MATISSE, signée par Marcel
SEMBAT en 1920, et cela comme logique complément d'un
document inédit que nous avons dévoilé :
une lettre envoyée de Tanger le 14 mars 1912 par Henri
MATISSE à Georgette AGUTTE, où Henri MATISSE,
au nom aussi de son épouse, exprime à Georgette
AGUTTE : « …présentez nos amitiés
à Monsieur SEMBAT, elles sont pour vous aussi … »
Un
autre exemple du respect et la tolérance de Marcel
SEMBAT envers les artistes nous vient d'un fait que nous avons
récemment découvert de façon documentée,
concernant l'artiste peintre Claude MONET, maître fondateur
de l'impressionnisme.
Jusqu'à
l'année dernière, lors de la parution en librairie
du livre TRIANGLE en décembre 2006, il n'y avait aucune
évidence documentée de relations personnelles
entre Claude MONET et le couple AGUTTE-SEMBAT.
Cela
paraissait logique aux yeux de tous, compte tenu du fait que
Claude MONET était protégé dans la période
finale de sa vie par Georges CLEMENCEAU, dont les idées
bellicistes et de droite, étaient en forte et officielle
opposition avec celles du pacifiste de gauche qu'était
Marcel SEMBAT, et figure même publié dans le
livre édité par le Musée National de
Grenoble, intitulé « La collection AGUTTE-SEMBAT »
(page 33) : « …les SEMBAT préfèrent
les rencontres personnelles avec les artistes…ils ne se rendront
jamais chez MONET malgré la proximité de Giverny
, situé à quelques kilomètres de Bonnières,
sans doute parce que le peintre est très lié
à CLEMENCEAU, un adversaire politique de Marcel SEMBAT… »
Comme
preuve documentée de cette hostilité politique,
nous aussi, nous disposons de documents manuscrits et publications
de l'époque dans les archives de la Maison AGUTTE-SEMBAT.
Mais,
comme il arrive souvent avec les certitudes les plus affirmées,
cette idée s'est révélée fausse.
En
effet, le 13 décembre 2006, nous avons eu accès
à des documents inédits des archives Claude
MONET, lorsque ils ont été dispersés
dan le cadre d'une vente aux enchères publiques qui
a eu lieu à Paris.
Plus
précisément, nous avons pu étudier la
correspondance échangée entre Georgette AGUTTE-SEMBAT
et Claude MONET qui s'invitaient réciproquement à
visiter leurs jardins de Giverny et de Bonnières et
partager leurs passions communes pour la peinture et pour
les jardins.
Georgette
AGUTTE, en s'adressant à Claude MONET, lui dit dans
une lettre inédite, datée 5 juin 1916:
«Cher
Maître …Je ne pourrai pas vous montrer un jardin
comparable au vôtre, mais, mon mari sera content de
vous voir dans sa vieille maison où il est né
et qu'il adore… »
C'est
la connaissance de toutes ces différentes facettes
de la riche personnalité de Marcel SEMBAT, imbriquées
entre elles de façon cohérente et synergique,
qui nous permet de mieux apprécier l'homme débout,
rieur , justicier et Franc-maçon passionné
des Belles lettres et des Beaux-arts , qu'il était,
et qu'il est toujours.
Marcel
Sembat, humaniste, ami des artistes, illustre figure de la
pensée socialiste, l'un des instigateurs de la loi
du 9 décembre 1905 instaurant la séparation
des églises et de l'état, Bonnièrois
tombé dans l'oubli.
Alain
ANTOINE
(article
publié par l'ALPY ,octobre 2010,réproduit avec
autorisation de l'auteur)
Marcel
Sembat est né le 19 octobre 1862 à Bonnières
sur Seine. Sa famille, de la moyenne bourgeoisie locale était
implantée dans la région depuis plusieurs générations.
Son père était directeur-receveur des postes
de Bonnières, commune dans laquelle il fut Conseiller
Municipal et commandant des sapeurs pompiers. Sa mère,
sans profession était la fille du greffier de la justice
de paix de la commune. Après de brillantes études
de droit, il s'inscrit au barreau des avocats de Paris vers
1885. Il exerce essentiellement dans des affaires politiques,
défendant des syndicalistes, des antimilitaristes…
Déjà il se fait remarquer et apprécier
comme un redoutable orateur. Très vite, il se dirige
vers le journalisme et la politique.
Il
est parmi les créateurs, en 1891 de la «
Revue de l'Evolution Sociale, scientifique et littéraire ».
Chroniqueur judiciaire à « La
république Française ». Il
dirige en 1892 « La petite République
Française », journal fondé
par Léon Gambetta, qu'il a racheté avec des
anciens condisciples du collège Stanislas : c'est
le premier quotidien accueillant tous les courants socialistes.
Le 19 juillet 1893, c'est Alexandre Millerand qui lui succède.
Très régulièrement, il collabora à
« La revue Socialiste »,
« La lanterne », et «
l'Humanité », quotidien dans lequel
il tint une rubrique de politique étrangère,
et qu'il dirigea par intérim lors de la tournée
de Jaurès en amérique latine en 1911.
Son
engagement politique commence avec sa carrière d'avocat
et de journaliste : il adhère au «
Comité Révolutionnaire Central »
(parti socialiste de tendance blanquiste), qui devient en
1897 le « Parti Socialiste Révolutionnaire
», dont il fut un des dirigeants, puis le
« Parti Socialiste de France »
en 1902, puis la SFIO en 1905. Marcel Sembat est l'un des
auteurs de l'unification de tous les courants socialistes
français. Il est élu pour la première
fois à la chambre des députés, en 1893,
dans la première circonscription du XVIIIè arrondissement
de Paris, celle des Grandes-Carrières, à Montmartre,
quartier populaire et de la bohème artistique et littéraire.
Il y fut constamment réélu jusqu'en 1922. A
partir de 1898, il développe, tant à la chambre
des députés que dans d'innombrables réunions
publiques dans toute la France, ainsi que dans ses articles
et éditoriaux de la presse nationale (sa plume était
admirée et redoutée !), une activité
parlementaire et militante qui fit de lui l'une des figures
les plus en vue de la SFIO. Fervent défenseur de la
République, il participe à l'élaboration
de la loi de séparation des églises et de l'état.
Il défend aussi les thèses pacifistes, rédigeant
le seul de ses livres publié de son vivant «
Faites un roi, sinon, faites la paix »,
pamphlet pacifiste qui fut incompris à l'époque.
L'assassinat de Jaurès, le 31 juillet 1914, la déclaration
de guerre de l'Allemagne à la France, le 3 août,
et la prise de position de la SFIO en faveur d'un gouvernement
de défense nationale, le propulsent le 26 août
1914 au gouvernement Viviani comme ministre des travaux publics :
il est le premier membre de la SFIO à représenter
son parti au sein d'un gouvernement, comme ministre de droit.
Bien que pacifiste dans l'âme, il dut assumer sa participation
à un gouvernement de guerre totale. Ses responsabilités
l'amenèrent à exercer un contrôle complet
sur le marché économique du charbon (loi du
22 avril 1916 « sur la taxation et le transport
de charbon sous pavillon français » et négociation
de l'accord franco-anglais Sembat-Runciman, du 25 mai 1916,
sur la taxation du fret et du charbon anglais). L'évolution
défavorable du marché, les conséquences
de la bataille de la Somme sur le ravitaillement de Paris,
le développement de la guerre sous-marine, provoquent
une grave pénurie de charbon à la fin de l'année
1916. Mis en cause par une virulente campagne de presse orchestrée
par la droite, contesté au sein de son propre parti
par les opposants à la participation ministérielle,
il quitte son poste à l'occasion du remaniement du
gouvernement Briand du 12 décembre 1916, laissant sa
place à Edouard Herriot.
Très
affecté par l'échec qu'on lui imputait, et physiquement
épuisé, il est vivement contesté au sein
même de la SFIO où Longuet, Renaudel, Frossard,
et Cachin prennent de plus en plus d'ascendant. Au congrès
de Tours en 1920, il vote contre l'adhésion du parti
à la IIIè internationale, sauvant « la
vieille maison » avec Léon Blum. Il restera
l'un des dirigeants de la SFIO. Bouleversé par la mort
de son vieil ami Jules Guesde, le 28 juillet 1922, et très
inquiet des conséquences à moyen et à
long terme du traité de Versailles, il n'eut pas le
temps d'achever la rédaction d'un ouvrage d'une exceptionnelle
lucidité « La Victoire en déroute
», édité à titre postume
par ses neveux André Varagnac et Pierre Collard, en
1925.
On
ne peut résumer Marcel Sembat à son action politique.
Il prit part à l'action et au développement
de la franc-maçonnerie. Initié à Lille
en 1891 dans la loge « La Fidélité
de la Grande Loge de France », il rejoint le « Grand
Orient de France » à Paris. Fondateur de
la loge « La Raison », à Montmartre
en février 1898, il appartint à la formation
para-maçonnique de « la Chevalerie du Travail ».
En 1910, il devient vice-président du Conseil de l'Ordre
et président de la commission des affaires administratives
du Grand Orient de France. Il fut aussi le créateur
et l'animateur du « Comité Central des Fêtes
et Cérémonies » civiles de l'Ordre
et dirigea la publication de son organe ; le « Annales
des Fêtes et Cérémonies Civiles ».
Marcel
Sembat était aussi un humaniste complet, qui lisait
le latin, le grec, l'anglais, l'allemand… et rêvait
de faire du chinois. Pendant toute sa carrière, soit
il suit des cours ou des séminaires (psychologie, chimie…)
au Collège de France ou à l'Ecole Pratique des
Hautes Etudes, soit il lit, commente et annote inlassablement
tous les ouvrages publiés sur les sciences nouvelles :
c'est un passionné de la psychologie et des prémices
de la naissance de la psychanalyse.
C'est
un homme d'une immense culture et d'une insatiable curiosité
intellectuelle, en particulier dans le domaine artistique.
Membre du tumultueux Salon d'Automne de 1905, celui des « fauves »,
il prend la défense du concept de « la liberté
de l'art », en particulier dans son retentissant
plaidoyer à la tribune de la chambre en faveur des
cubistes lors de l'affaire du Salon d'Automne de 1912. Ami
des artistes, des peintres en particulier, il écrit
en 1920 la toute première monographie consacrée
à Matisse et son œuvre.
Le
27 février 1897, Marcel Sembat épouse Louise,
Georgette Aguttes (connue sous le nom de Georgette Agutte),
fille de Jean, Georges Aguttes, artiste peintre, lui-même
élève de Félix Barrias et Camille Corot.
Le couple Sembat-Agutte est l'exemple même de l'union
fusionnelle : les carnets noirs de Marcel Sembat témoignent
souvent de cette union, parfois, en terme crus et sans pudeur,
mais d'une vérité saisissante.
Si
les activités de Marcel Sembat le retenaient le plus
souvent à Paris, Marcel et Georgette rejoignaient chaque
fin de semaine la maison de Bonnières où Georgette
Agutte avait son atelier. C'était souvent le rendez-vous
des écrivains et artistes… Le couple faisait aussi
de nombreuses et longues promenades dans la campagne environnante :
les carnets noirs contiennent de nombreuses et délicieuses
descriptions des environs de Bonnières.
Le
couple possédait aussi un chalet à Chamonix.
C'est là que Marcel Sembat meurt le 4 septembre 1922,
terrassé par une attaque cérébrale. Georgette
Agutte ne survivra pas à cette disparition. Quelques
heures plus tard, elle écrit à leur neveu :
« je ne peux pas vivre sans lui. Minuit. Douze
heures qu'il est mort. Je suis en retard » et se
tire une balle dans la tête.
Cette
double disparition a un retentissement énorme dans
la société de l'époque. L'Humanité
écrit : « Tous deux, lui dans la bataille
des partis, elle dans la bataille de l'art, étaient
à l'avant-garde. ». Le 7 septembre 1922,
une foule immense assista aux obsèques de Marcel Sembat
et de Georgette Agutte, au cimetière de Bonnières.
Lors de la cérémonie organisée le 18
décembre 1922 dans l'immense salle du Gaumont Palace,
Léon Blum déclare : « Marcel
et Georgette Sembat étaient socialistes comme ils étaient
artistes : ils étaient artistes par les mêmes
dons, par les mêmes penchants qui avaient fait d'eux
des socialistes. »
Une
vieille militante socialiste de Bonnières évoquait
souvent le pèlerinage annuel des socialistes, à
la date anniversaire de la mort des époux Sembat :
c'était un train entier qui amenait à Bonnières
les socialistes de la Région Parisienne venus se recueillir
dans le cimetière de Bonnières. La deuxième
guerre mondiale mit fin à cette tradition, et Marcel
Sembat est tombé peu à peu dans l'oubli.
Combien
d'usagers de la ligne 9 du métro parisien savent quel
illustre intellectuel et militant socialiste fut Marcel Sembat
quand ils passent dans la station qui porte son nom ?
Dans
les années 70, une association « les amis
de Marcel Sembat », essentiellement composée
de militants socialistes tenta de faire sortir de l'oubli
l'illustre personnage… Ses animateurs vieillissant ou disparus,
elle est tombée en sommeil.
Les
époux Sembat reposent dans le cimetière de Bonnières.
Leur tombe, un monument d'une grande simplicité était
jadis ornée d'une statue… celle-ci a été
volée il y a quelques années. Plus personne
ne vient fleurir ce monument, et rares sont les visiteurs
qui viennent visiter ce tombeau.
En
2002, la commune de Bonnières a acquis la maison et
le parc Marcel Sembat. Grâce à d'importantes
subventions, le jardin a été remis dans l'état
où il devait être au temps de Marcel et Georgette.
Il est agrémenté en son centre d'un kiosque
à musique (un peu moderne), où la commune a
organisé une ou deux fois des concerts. Ce parc, à
deux pas du centre ville, est un lieu de promenade des plus
agréables, peu fréquenté, hélas
par les Bonnoièrois.
En
2005, s'est créée une association, qui avait
établi son siège dans la maison Sembat/Agutte
( www.aguttesembat.com , asihi.institut@wanadoo.fr
, 06 80 06 39 01).
Le
demeure venait d'être acquise par la mairie ; les
membres de cet association ont fait alors un gros travail
de fouilles au milieu des gravats qui encombraient les greniers
de la maison, à l'abandon depuis des lustres. Ils ont
trouvé les lieux dans un état de délabrement
désolant : les célèbres cheminées
de faïence de Metthey avaient disparu… Ils ont toutefois
récupéré dans le grenier, un certain
nombre d'ouvrages de la bibliothèque, et une peinture
sur fibro-ciment, en mauvais état. Un gros travail…
Une fois les lieux remis à peu près en état,
l'association « aguttesembat » a fait
vivre les lieux : conférences, animations à
caractère culturel sur le thème de « la
belle époque », ouverture de la maison au
public, avec visites (gratuites) commentées. Les responsables
de l'association se sont surtout intéressés
à la facette artistique des époux Sembat, et
à l'implication de Marcel Sembat dans la franc- maçonnerie,
laissant de côté toute l'œuvre politique du personnage,
ce qu'on ne peut que regretter. Après trois années
de fonctionnement, un conflit est né entre le maire
de Bonnières et l'association, et celle-ci a été
purement et simplement chassée des lieux : la
convention qui la liait à la mairie n'a pas été
renouvelée. L'association continue de fonctionner,
en d'autres lieux.
Récemment,
la commune a construit à l'entrée du parc, à
proximité de la maison, un bâtiment neuf qui
accueille la « petite enfance » et le
centre de loisirs. Si on peut être certain que Marcel
et Georgette auraient été ravis d'entendre les
cris et les jeux des enfants près de leur demeure,
ils auraient été aussi, sans doute horrifiés
de la laideur de l'architecture du bâtiment ! Le
ravalement de la maison a été réalisé
en même temps que ces travaux : peut-être
aurait-il été plus judicieux de faire un ravalement
dans le style de la construction de l'époque, plutôt
que ce crépit résolument moderne ?
Aujourd'hui,
la maison Agutte/Sembat est fermée. Elle n'a même
pas été ouverte au public ces dernières
années, à l'occasion des journées du
patrimoine, comme replongée dans le sommeil d'où
on l'avait sortie quelques temps…
La
lecture des bulletins municipaux successifs entre la rupture
avec l'association « aguttesembat »
et la mairie ne laisse pas présager un projet culturel
pour utiliser ce témoignage local d'une grande figure
du socialisme du début du 20è siècle.
C'est dommage : c'est une chance, pour une commune comme
Bonnières de posséder un lieu aussi chargé
d'histoire et de symboles. Cette maison, pourrait, par exemple
accueillir des expositions temporaires où la population
pourrait profiter des tableaux de Georgette Agutte, que la
commune possède et qui sont rangés loin des
regards du public.
Ainsi,
Marcel Sembat, illustre à son époque, un des
initiateurs de la loi du 9 décembre 1905, instaurant
la séparation des églises et de l'état
est retombé dans l'oubli d'où il était
sorti pendant la brève période où l'association
Agutte Sembat avait fait vivre sa maison. Restent ses écrits,
en particuliers, ses « carnets noirs »,
où il relate, jour après jour, son immense activité
politique, philosophique, artistique… Des textes d'une étonnante
modernité, à lire absolument.